Les dictées aménagées

Je pratique les dictées HDA (histoire des arts) depuis que j’ai des cycles 3. J’utilise les ressources de Mélimélune. Ces dictées qui mélangent 2 disciplines sont beaucoup plus passionnantes et riches et on découvre de nombreuses oeuvres artistiques de différents domaines (peinture, sculpture, architecture, musique).

Fonctionnement

Lundi : c’est la première dictée flash de GN. Avant l’acquisition des tablettes, ces groupes de mots étaient dictés, les élèves les écrivaient soit dans le cahier du jour soit sur l’ardoise.

Avec l’arrivée des tablettes, j’utilise l’application “la magie des mots”. Les élèves doivent écrire les GN dictés par l’application (les GN composés d’un déterminant, d’un nom et d’un adjectif, ont été pré-enregistrés par mes soins). Ils utilisent des casques et un répartiteur. L’intérêt réside dans le fait que les élèves sont par 2 et doivent se mettre d’accord.

Mardi : C’est la dictée flash d’une ou deux phrases dans laquelle on retrouve la notion orthographique travaillée dans la dictée bilan. Je procède de deux manières : soit j’écris les phrases avec une dizaine de fautes que les élèves doivent retrouver. Ce travail se fait en petit groupe. Les élèves discutent et se réfèrent à la connaissance pour justifier leurs choix. La dictée est recopiée “corrigée” dans le cahier du jour.

Avec les tablettes, je procède de la même manière en utilisant l’application “la magie des mots”. La phrase dictée est segmentée en GN (c’est l’application qui ne permet pas d’écrire un nombre de mots conséquents à la suite, il faut mettre des virgules). C’est mon petit bémol pour cette activité. 

Les ‘activités “dictée flash” du lundi et du mardi sont intégrées à mes ateliers de la première heure et demie de la journée : activité REG au CM, histoire, lecture et dictée sont au programme. Les élèves sont répartis en groupes de 8.

Jeudi : C’est la dictée bilan. Nous la faisons en arrivant. J’ai ainsi le temps de la corriger à la récréation ou le midi.

Vendredi : Nous faisons la correction de la dictée lors des ateliers. Nous nous aidons du code CHAMPIONS de Farfa. Saviez-vous qu’il y a une version Harry Potter ?

Les élèves à besoins particuliers

Qui sont-ils ?

Depuis deux ans, j’ai de nombreux élèves avec des profils très différents : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, TDAH + et autres…

Il faut donc jongler et trouver les bons aménagements pour chacun. Pas facile ! Sur le terrain, je suis confrontée à des élèves qui n’arrivent pas à mémoriser les mots appris, à ceux qui ont une écriture biscornue, illisible qui peine sur les lignes. Il y a aussi Tristan (mon fils) qui angoisse pour cet exercice qui le met systématiquement en échec. Là encore, il se met en colère, s’agite, n’arrive pas à se mobiliser. L’estime de soi est au plus bas. Résultat, il manque des mots ou des lettres, les accords ne sont pas là. Les mots ne semblent pas mémorisés. Il y encore des élèves qui sont capables d’écrire trois fois le même mot de trois manières différentes.

Vous allez me dire qu’il ne sert à rien de mettre ces élèves dans la difficulté avec cette activité systématiquement échouée. Je pourrai aussi alléger les dictées en proposant des textes très faciles … Cela suppose de laisser tomber les dictées HDA. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Il n’en est rien ! Car mes élèves veulent faire les dictées comme les autres, et ce malgré les difficultés rencontrées ! Nous en avons discuté, nous avons fait des compromis : même dictée allégée si acceptation des aménagements. L’important, c’est de mettre en évidences les progrès

Les dictées aménagées pour les élèves à besoins particuliers

Les aménagements que je vous décris ici sont le fruit de réflexions longues et d’expériences vécues en classe. je tâtonne encore et je sais qu’on peut faire mieux. Si vous avez des idées qui ont fait leur preuve, je suis à l’écoute de vos partages d’expériences.

1/ Aménagement : les outils (tablettes)

Les dictées flash : L’écriture d’une façon générale est difficile pour ces élèves, c’est la raison pour laquelle je privilégie l’utilisation des tablette (puisque j’en ai depuis quelques mois). On élimine ainsi cette première difficulté en utilisant ce support (application “la magie des mots”). L’écriture des GN de la dictée flash 1 est également complexe (accord entre le déterminant, le nom et l’adjectif). J’ai donc enregistré des GN simples (seulement le déterminant + le nom). On se concentre ainsi sur la mémorisation et l’écriture orthographique des mots à apprendre.

Pour la dictée flash 2, mes élèves à besoins particuliers sont mélangés dans les groupes HP. La négociation se fait avant tout à l’oral. La phase de recopie de la mini dictée flash peut se faire au moyen du tutorat.. Trois élèves profitent aussi d’une AVS mutualisée qui peut écrire pour eux. Mon élève dyspraxique écrit sur sa tablette.

La dictée bilan . Dans la méthode de Mélanie “Dictées et histoire des arts” , il y a déjà une différenciation au niveau de la quantité de mots à écrire. Mes élèves à besoins particuliers ne font que la première partie qui fait 35 à 40 mois en moyenne.

2/ Aménagement temps et lieu

(Désolée, je vais encore vous parler de Tristan mais c’est un élève atypique qui mérite qu’on s’attarde sur son profil) Tristan ne supporte pas ni ma voix “injonctive” (en classe, ma voix porte mais je ne crie pas. Il met souvent le casque anti-bruit) ni les regards des camarades (il n’y en a pas, c’est seulement son ressenti).. J’ai donc décalé le moment de dictée des 2 /3 élèves les plus fragiles. Je fais la dictée pour le grand groupe dans un premier temps. Nous faisons la dictée pour ces 3 élèves dans un second temps, en comité restreint, dans un endroit au calme.

3/ Aménagement sur la forme des dictées

Les dictées à trous : Au début, j’ai utilisé les dictées à trous : Je décidais des mots à écrire, des terminaisons à ajouter dans des mots, des notions orthographiques mises en jeu.

Les dictées à “double lecture” : Plus tard, nouvelle évolution… J’ai laissé les élèves écrire le texte. Je venais mettre des bâtons dans la marge pour signaler les fautes dans les lignes ou (selon l’élève) je soulignais le mot qui contenait une erreur. Cela permettait aux élèves de retravailler le texte initial avant la correction. On pouvait mesurer la vigilance orthographique (nombre de fautes corrigées sur le nombre de fautes initiales).Attention, je ne signalais pas le type de faute. 

Les dictées à choix multiples : Lorsque les élèves ne sont pas au mieux de leur forme , je propose le texte à choix multiples. Il s’agit simplement de colorier la bonne proposition : pas d’écrit !

La dictée à cadres : c’est ma dernière trouvaille. Je continue à chercher un nouveau dispositif ! En attendant, la dictée à cadres a plusieurs avantages. Le texte est découpé selon les groupes fonctionnels de chaque phrase (sujet, verbe, groupe CC, groupe CO, complément du nom). Elle met en évidence la notion de GN, c’est très pratique et visuel pour les accords.

L’élève écrit sur chaque trait un mot dicté (un trait petit = un petit mot/, un grand trait = un mot plus grand). Une fois la dictée copiée, l’enseignant signale les cadres dans lesquels l’élève peut se corriger seul (ce sont les numéros sur le côté droit dans la photo). On peut mettre en évidence une relecture sur les accords dans le GN, sur les accords Sujet/Verbe. On peut venir colorier les cadres sujet/verbe pour aider l’élève.

Dans l’exemple réalisé avec Tristan, je n’ai pas souhaité qu’il fasse une relecture orthographique sur les mots car l’exercice n’est jamais significatif. Pour autant, il a été étonnant car il a été capable de corriger plusieurs erreurs grammaticales. (Nous travaillons depuis 2 ans sur la correction des erreurs, Tristan ne supporte pas de revenir sur ses erreurs, C’est trop brutal pour lui de les mettre en lumière. Il ne les accepte pas et malgré mon discours qui est que l’on apprend grâce à ses erreurs, on avance doucement). A noter qu’il n’y avait pas l’angoisse de la classe, pas d’enjeu, il m’aidait à vous montrer cette nouvelle dictée. Les traits rouges sont réalisés à la fin pour signaler à l’élève les erreurs qui n’ont pas été corrigées (car non demandées).

Voilà, je pense que je vous ai tout dit, tout montré. Ces aménagements prennent du temps, mais les bénéfices sont indéniables. Si de nouvelles idées émergent, je ne manquerai pas de venir enrichir cet article.

A bientôt

18 commentaires à propos de “Les dictées aménagées”

  1. Merci pour tous vos partages.
    J’utilise souvent les dictées à trous avec des traits plus ou moins longs ou les dictées à choix multiples en cycle 2.
    J’aime l’idée de vos dictées à cadres, je pense que je vais tester de combiner les dictées à cadres et à trous pour certains de élèves à besoins éducatifs particuliers.
    Merci

  2. Très intéressantes ces dictées cadres. Pour les traits dans les cadres, tu les fais avant ou tu comptes le nombre de mots avec les élèves lala?

    • Coucou, oui, les cadres doivent être faits en fonction de la dictée (un cadre sujet, un cadre verbe, des cadres GN…) en amont , sans les élèves.
      Bises

  3. Bonjour ! Merci pour ce partage riche et précis. Connais-tu la dictée sans erreur ? C’est un dispositif qui peut aider les élèves à développer le doute orthographique et à fixer la bonne orthographe des mots. Le principe est de leur donner une version du texte de la dictée qu’ils placent au verso de leur feuille : s’ils doutent pour un mot, ils tournent la feuille et regardent son orthographe, puis retournent à nouveau et écrivent de mémoire (ils ne le recopient pas avec le modèle sous les yeux). Ce dispositif d’Ouzoulias est expliqué ici aussi http://www.ien-nanterre1.ac-versailles.fr/IMG/pdf/texte_4._la_dictee_sans_erreur._a.ouzoulias._doc.pdf
    Bonne journée !!

  4. Bonjour !
    Je ne connaissais pas les dictées à cadres, merci ça me permettra une autre approche. Par contre, je pratique, pour certains élèves, les dictées silhouettes avec la police de caractères Boite vide.

  5. Bonjour Muriel, je vous avais déjà dit que le hasard a fait que nos fils portent le même prénom, le même âge et dans votre article sur le passage à l’écriture, j’ai reconnu les mêmes difficultés pour nos deux Tristan. Seriez-vous disposée à m’expliquer si vous avez eu des diagnostics posés par des médecins car mon Tristan n’a eu aucun diagnostic de posé et on galère pour savoir quelles aides lui apportées. Son jeune frère est autiste et certains médecins me disent que Tristan a des TSA et d’autres ont un avis contraire. Merci pour votre aide. Serait-il possible, si vous souhaitez me répondre, de le faire à mon adresse mail, sans publication? Merci

  6. Bravo pour ces adaptations! j’aime qu’on s’occupe de ces élèves avec attention comme vous le faites. Je retiens la dictée cadre, c’est une chouette idée!

  7. J’ai utilisé cette année un autre type d’aménagement : les dictées silhouette à partir de la police d’écriture “Boîte” (celle qui sert aux mots silhouettes des maternelles). Cela a beaucoup aidé un de mes élèves pour les terminaisons des verbes, les accords du GN, les accents…

  8. Rétroliens : Français au primaire | Pearltrees

  9. “Depuis deux ans, j’ai de nombreux élèves avec des profils très différents : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, TDAH + et autres…” : pas étonnant avec ce type de pseudo-dictées bonnes à fabriquer des crétins.

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