Je vois, j’analyse …

Cette année, en CM1, nous avons étudié « Une histoire à quatre voix » d’Anthony Browne. Cet album est une petite richesse littéraire et culturelle.

Ce que j’aime particulièrement avec cet album, c’est le travail que l’on peut mener sur la lecture d’images et plus particulièrement sur « je vois, j’analyse ».. Je m’en explique dans cet article.

Contexte

Ce travail a été réalisé au retour en classe après le confinement, après le 22 juin. Nous avions un peu travaillé la production écrite à distance mais les habitudes avaient été bien perdues. pour certains

J’ai choisi de vous montrer les traces écrites de mon fils qui est dans ma classe (troubles, AVS et passage à l’écrit très difficile). J’aurai pu vous montrer les belles productions des élèves ,mais c’est toujours celles que l’on montre. Ici, c’est intéressant de voir la progression et les progrès amorcés. Mon fils Tristan, travaille parfois avec son AVS en pratiquant la dictée à l’adulte, voilà pourquoi vous verrez des changements d’écriture. Son AVS retranscrit exactement ses mots. Evidement, l’orthographe n’est pas représentative.Ici, ce sont les idées développées qui nous intéressent (objectif pour cet élève).

Ce travail sur « je vois/j’analyse » se poursuivra en CM2 (en littérature, en sciences, en histoire..).

« Je vois, j’analyse »

Cet exercice est difficile et demande à être travaillé souvent. On pourra commencer par la description qui nécessite une certaine méthodologie : premier plan/second plan, zoom avant/arrière, de la gauche vers la droite ou inversement etc…

Dans la production de Tristan, la description est centrée sur l’arrière plan.Il manque beaucoup d’informations. Il n’y a pas de méthode pour développer les idées.

NB : Il faut saluer l’effort d’avoir écrit tout seul : c’était un challenge. Toutefois, il s’est très vite essoufflé, c’est la raison pour laquelle, la description est incomplète.

Dans cette production, Tristan a dicté ce qu’il voulait écrire. Cette modalité lève plein de difficultés et on obtient une description beaucoup plus riche. Il n’y a que la partie « Je vois ». Tristan, à ce stade, n’a toujours pas compris ce qu’était l’analyse de l’image. La partie ‘J »analyse » est donc absente.

Pour l’ensemble des élèves , l’analyse s’est avérée un exercice sensiblement difficile car il faut raconter ce qui n’est pas dit, interpréter.

Les élèves mélangeaient la description et l’analyse, ou développaient l’analyse à la place de la description. Il a fallu plusieurs activités pour comprendre la différence entre les deux parties. C’est important de montrer aux élèves ce qu’on attend d’eux :C’est là tout l’enjeu de la correction qu’il faut construire avec eux.

Dans cette correction, on montre la construction et l’enchainement des phrases notamment pour comparer deux images en une : réutiliser un modèle de phrase en opposant les mots (jouer sur les contraires pour le lexique). Exemple : « D’un côté le paysage est triste et gris avec des arbres dénudés, de l’autre, le paysage est joyeux et coloré avec des arbres fleuris« .

Montrer aussi aux élèves qu’on n’écrit pas « Je vois », ni « j’analyse ». C’est en lisant le paragraphe qu’on sait qu’on est dans la description ou l’analyse. Pour un début, j’ai autorisé les élèves à l’écrire. cela fait partie des enjeux de la progression.

Il fait remarquer que mes élèves ont bien progressé après l’écriture de cette correction. En effet, ils avaient spontanément réutilisé des phrases ou des enchainements et des idées dans les productions suivantes.

Pour ce dernier exemple, Tristan a voulu écrire seul ce qui est un bel exploit. Il a commencé par l’analyse et oublié la partie description. C’est la raison pour laquelle, les deux parties sont inversées. On peut voir qu’il a développé davantage d’idées dans la description. Pour le premier paragraphe, on est bien dans l’analyse même si il manque des idées clés (ex : la mère est égocentrique et ne parle pas à son fils. Ce dernier est d’ailleurs dans son ombre).

Etant un enfant avec un trouble des apprentissages, je ne suis pas dans l’analyse de l’orthographe mais plutôt sur la forme des phrase et les contenus. Les progrès sont bien là.

L’exercice « Je vois , j’analyse » a été bien réussi pour l’ensemble des élèves qui ont su développer des idées mieux organisées et restituer des informations descriptives et interprétatives avec un enjeu orthographique plus affiné. Nous poursuivrons l’exercice l’an prochain. Affaire à suivre !!

A bientôt pour la suite des aventures

8 commentaires à propos de “Je vois, j’analyse …”

  1. Je vois, j’analyse… et que voit donc, que perçoit réellement Tristan ? Quelle est sa capacité à discriminer, à reproduire sur le plan perceptif les afférences sensorielles, comment Tristan transforme t il le flux lumineux qui percute ses rétines en perceptions visuelles au niveau de son cortex, pour les identifier, les reconnaitre et enfin les catégoriser ?
    Ces mécanismes décrits participent pleinement à la construction graphique et à la représentation de l’espace que développe l’enfant, et les troubles d’acquisition des coordinations ou les dyspraxies visuo spatiales sont corrélées à ces déficits visuo spatiaux, tout comme les apprentissages en général.
    Je suis orthoptiste et sensibilisée à ces déficits puisque ils font partie de mon champ d’activité.
    Tristan a bien de la chance d’avoir une maîtresse qui a compris que les adaptations que l’on peut mettre en place dans le cadre scolaire sont une bénédiction pour les progrès et l’estime de soi de ces élèves. Une maîtresse qui me donne envie de retourner sentir l’odeur de la craie humide et des protèges cahiers.
    Super bravo, et chapeau Tristan !

  2. C’est incroyable: je vis exactement la même situation avec mon fils qui a les mêmes difficultés (TDA, AESH et difficultés dans le passage à l’écrit) et surtout mon fils s’appelle aussi Tristan!!
    C’est du copier-coller.

  3. Merci pour cet article très intéressant. Je n’ai jamais fait faire à mes élèves ce genre d’exercice à l’écrit. Va falloir que j’y remédie.

  4. Bravo pour ce partage et ce travail très interessant. J’adore cet album, il y a des millions de choses à voir et à mettre en lien! Mais je n’avais jamais pensé à le présenter véritablement sous la forme « je vois, j’analyse » afin d’aider les enfants à faire la distinction entre ces deux exercices de la pensée… Bravo également à Tristan qui semble s’être bien investi dans l’activité et qui a su cheminer! Je m’empare de cet article pour l’utiliser cette année… Merci encore!

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